vendredi 11 mai 2012

Jésus aurait-il été à la gay pride?


WWJD? What would Jesus do? Que ferait Jésus? Posons-nous donc la question, sinon par soucis éthique et spirituel comme les protestants évangéliques initiateurs de la formule[1], au moins pour le plaisir de l'exercice intellectuel : Imaginons une Marche des Fiertés à Jérusalem en l'an 27, Jésus y aurait-il été?

On m'objectera peut-être d'abord l'incongruité du scénario : une fierté d'être gay, au premier siècle, c'est à tout le moins anachronique. Tout comme serait anachronique le scénario d'une marche des fiertés pour tous ces autres coutumiers de la honte avec qui, pourtant, Jésus ne craignait pas de parler ou partager un repas, pour les rendre à leur dignité d'enfants de Dieu, pour les rendre à leur fierté. On n'imagine pas une marche des fiertés LGBT à Jérusalem en l'an 27, mais pas davantage une marche des fiertés rassemblant des samaritains, des lépreux, des adultères, des prostituées ou des collecteurs d'impôts… Les exclus, les rituellement impurs, les marginaux, battant le pavé avec des calicots… et Jésus les rejoignant, ou pas, dans leurs combats. Mais soit, imaginons quand même, un instant, une lesbian, gay, trans,etc pride… et Jésus recevant un flyer… WWJD? Jésus irait-il à la gay pride? Rejoindrait-il le cortège?

Non, sincèrement, je pense que non. Le Jésus dépeint dans les Évangiles n'a de cesse de résister à la volonté des uns et des autres de politiser son message. "Mon Royaume n'est pas de ce monde", dit-il. Il faut laisser le monde au monde et ne pas attendre que Dieu y prenne fait et cause[2]. Ou encore "Rendez à César ce qui est à César". Si la Pride est une manifestation, un geste militant, avec des revendications citoyennes pour un monde meilleur ou en tout cas respectueux des droits humains des minorités sexuelles, bref, si la Pride est politique, Jésus n'y va pas.[3] Cela ne veut pas dire qu'il n'a pas éventuellement de la sympathie pour la cause, ou qu'il désapprouve. Mais il ne s'implique pas dans ces combats-là, n'en déplaise à celles et ceux qui, en période électorale, prétendent se référer à WWJD dans l'isoloir. Face notamment à l'oppresseur romain de son temps, et sans cesse sommé de se situer, de choisir son camp, Jésus rappelle que son message est autre: un appel à un changement radical, certes, mais qui se joue ailleurs, autrement…

Pourtant, même si je crois que Jésus n'aurait pas été à la Pride, je crois qu'il y va. Il y va, encore et encore, avec nous, 2000 ans plus tard. Il y va aujourd'hui. Car celui qui a dit "là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d'eux",[4] est au milieu de celles et ceux qui, dans toutes les Marches des Fiertés à travers le monde, marchent tels qu'ils et elles sont, osent y être chrétiens heureux, et portent sur eux, avec eux, en eux, son message : une parole de libération et d'amour pour chacune et chacun, et surtout et d'abord pour les exclu-e-s. Jésus est à la Marche des Fiertés si des chrétiens y vont comme chrétiens, témoignant de la folie de l'amour de Dieu pour eux. Jésus est avec nous, parmi nous, avec nos calicots, nos slogans, nos chants, et avec nous, il marche.


Rendez-vous demain, pour la Pride de Bruxelles, en commençant par la célébration religieuse! Parce que, pour tout vous dire, même si nous n'étions pas sûr-e-s que Jésus marchera, nous sommes certain-e-s qu'il sera avec nous à la célébration religieuse...

[1] C'est tout bien expliqué sur wikipedia, que je cite: "What would Jesus do? (soit "Que ferait Jésus?" en anglais), qu'on retrouve souvent abrégé sous la forme WWJD est une formule qui a trouvé une certaine popularité aux États-Unis dans les années 1990 comme mot d'ordre chez les chrétiens évangéliques américains. Il s'agissait pour ces derniers d'affirmer l'impératif moral consistant à se conduire d'une manière qui montrât l'amour de Jésus via leurs actions."
[2] Par contre, l'humain est sans cesse invité à lutter pour la justice.
[3] Paradoxalement, si la Pride n'est plus politique, si elle devient une sorte de grosse fête entre amis, on pourrait presque mieux imaginer Jésus allant faire un tour avec sa mère et ses disciples, comme à Cana. Et on pourrait presque espérer, pour la salubrité publique, qu'il se mette à y changer l'alcool en eau...
[4] On m'objectera peut-être que les deux ou trois qui viennent avec des calicots anti-gays au nom de Jésus pensent aussi qu'il est "avec eux". Mais bon, disons le simplement : ceux-là se trompent. Il suffit de lire les Ecritures honnêtement pour comprendre que Jésus regarde toute l'humanité avec amour, toute, même celle qui est sur un char de la Pride.

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